l’après midi je n’ai rien cherché de particulier. (après tout, rien ne presse, il me reste encore deux jours …) Alors j’ai flâné.

Ah, tout quai est une saudade en pierre !
Et quand le navire se détache du quai
Et que l’on remarque d’un coup que s’est ouvert un espace
Entre le quai et le navire

Il me vient, je ne sais pourquoi, une angoisse toute neuve,
Une brume de sentiments de tristesse
Qui brille au soleil de mes angoisses couvertes de gazon
Comme la première fenêtre où l’aurore vient battre,
Et qui m’entoure comme un souvenir d’une autre personne
Qui serait mystérieusement à moi
… F.P.

J’ai marché le long du fleuve, jusqu’au Padrão dos Descobrimentos. (C’est de cet endroit que partaient les caravelles au 15eme et 16eme siècle, époque des grandes découvertes) … J’y ai croisé , Henri le Navigateur, explorateur découvreur des Açores, de Madère et et du Cap Vert, le roi Dom Manuel Ier portant une sphère armillaire, le poète Camões arborant quelques vers de son poème célébrant l’odyssée : les Lusiades… Et puis, bien sûr, Vasco de Gama, et Magellan…

Parvenu à la tour de Belèm je me suis arrêté un long moment pour regarder vers l’embouchure… J’ai marché encore longtemps, le visage inondé de soleil et fouetté par le vent. Puis J’ai attendu le soir assis sur le quai, face à l’embouchure en méditant sur les paroles du poète :

« Le Tage est plus beau que la rivière qui traverse mon village,
Mais le Tage n’est pas plus beau que la rivière qui traverse mon village,
Parce que le Tage n’est pas la rivière qui traverse mon village.

Le Tage porte de grands navires
Et à ce jour il y navigue encore,
Pour ceux qui voient partout ce qui n’y est pas,
Le souvenir des nefs anciennes.

Le Tage descend l’Espagne
Et le Tage se jette dans la mer au Portugal.
Tout le monde sait çà.
Mais bien peu savent quelle est la rivière de mon village
et où elle va
et d’où elle vient.
Et par là même, parce qu’elle appartient à moins de monde,
elle est plus libre et plus grande, la rivière de mon village.

Par le Tage on va vers le Monde.
Au-delà du Tage il y a l’Amérique
Et la fortune pour ceux qui la trouvent.
Nul n’a jamais pensé à ce qui pouvait bien exister
Au-delà de la rivière de mon village.

La rivière de mon village ne fait penser à rien.
Celui qui se trouve auprès d’elle est auprès d’elle, tout simplement.  » F.P.

« Je n’arrive pas à comprendre comment on peut trouver un couchant triste. À moins que ce ne soit parce qu’un couchant n’est pas une aurore.
Mais s’il est un couchant, comment pourrait-il bien être une aurore ?
 » F.P.

C’est à ce moment que je suis « presque  » arrivé à comprendre ou plutôt… À ressentir la profonde signification du nom que donnent depuis toujours les lisboètes à cet endroit : « LA MER DE PAILLE…« 

À suivre…

error: Contenu protégé