En rayons

 

Une histoire tous les soirs

Vous vous demandez d’où viennent les titres de pièces musicales, c’est-à-dire sans paroles ? Par exemple, qu’est-ce qui conduit Erik Satie à intituler Trois morceaux en forme de poire ? Ou dire qu’un prélude est flasque ?

Voici ce qu’il y a derrière la petite mélodie que je vous présente.

J’avais 7-8 ans quand nous avons emménagé dans un superbe 3 pièces de 48 m² dans le XVe arrondissement de Paris. Il faut dire que nous habitions auparavant dans un studio de 25 m², aussi dans le XVe. Mon père, ma mère, ma soeur et moi.
Faute de mieux, nous partagions avec ma soeur la même chambre. Son bureau contre un mur, le mien contre le mur en face ; son lit le long d’un troisième mur, mon lit-cage près du mur opposé, sous la fenêtre ; un côté de l’armoire à elle, l’autre à moi.

Il arrivait souvent qu’elle me demande, une fois que nous étions au lit, la lumière éteinte, de lui raconter une histoire. – Qu’elle histoire ? – Ce que tu veux.
Et je me lançais dans une improvisation. C’étaient des histoires d’animaux et elles se passaient dans la forêt ou dans la campagne. Il pouvait y avoir des animaux connus, des éléphants, des taureaux, et des animaux merveilleux. Des aventures qu’ils vivaient, je n’en ai plus le moindre souvenir. J’inventais et mes histoires se sont perdues dans la nuit du temps, c’est le cas de le dire.
Je me souviens quand même de 2 épisodes marquants. L’un, c’est l’invention du calao. Je lui ai décrit un oiseau pourvu d’un bec dont une partie est courbée vers le ciel et l’autre vers le sol. Je n’ai su qu’après que ça existait en vrai. Le mien était tout aussi coloré.
Le second, c’est lorsque j’ai sorti brusquement ma soeur de son endormissement en lui disant que ce taureau s’en retournait dans sa taureautière. Je ne connaissais pas le mot étable probablement. Elle n’a pas laissé passer ça !
J’ai inventé la jungle aussi.

J’arrêtais de raconter, soit quand j’étais à court d’idées ou que j’étais fatigué de chuchoter, et quand elle ne me demandait pas de continuer parce qu’elle n’était pas encore endormie ; soit parce que je devinais qu’elle ne m’entendait plus ; soit parce que mon père ou ma mère faisait irruption dans la chambre en me demandant de cesser immédiatement, demain y’a école !

Mon père et ma mère… Comment ont-ils fait ces deux-là pour passer plus de quarante ans côte à côte ? Tous les deux dotés d’un caractère spécial, je ne me souviens pas avoir vécu une semaine entière sans qu’il y ait entre eux au moins une prise de bec. L’ambiance était souvent plombée à la maison et on ne pouvait jamais prédire quand l’orage allait éclater. Sauf quand l’un ou l’autre disait le mot de trop ou le mot de travers, nous savions alors que ça allait faire des histoires. Et nous savions, nous les enfants, que nous serions un peu chagrins en fin de compte.

Jusqu’au moment du coucher.

 

L’Espricerie devrait ouvrir un rayon bio…

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