Bien sûr que le décès de Jean d’Ormesson nous bouleverse. Encore aujourd’hui, plusieurs jours après.

On en aura entendu des hommages, des messages de sympathie, d’admiration, de révérence. Par les plus illustres de nos personnages publics ; l’hommage national n’était pas usurpé. Chacun peut se reconnaître dans l’un ou l’autre de ces commentaires, et le prendre à son compte.
Jusqu’au jour, au soir plutôt, où sur France 2, encore elle, Laurent Delahousse reçoit Erik Orsenna.

Malheureusement pour lui, Erik est l’un des derniers à exprimer son sentiment face au deuil dans lequel est plongée la littérature française. Oui, tout a déjà été dit et bien dit. Que des superlatifs ! Comment rivaliser dans ce cas ?
Tout d’abord, en plein milieu de l’entretien, il reprend à un mot près l’expression du Président Macron quelques heures auparavant dans la journée, « [Jean d’Ormesson était] un égoïste passionné par les autres ».

L’esprit de l’écrivain disparu plane encore autour de nous. Sa force expressive communie avec nous, nous oppresse presque, nous presse de nous exprimer à notre tour. L’esprit est sur le plateau, au-dessus de Laurent Delahousse, il fond sur Erik Orsenna. Mais pour cet autre académicien, le superlatif est pour l’heure dans l’exaltation ; on sent pourtant que la verve ne suffira pas, il manque le verbe.
Evidemment, devant ma téloche, moi pauvre retraité inculte, je ne peux pas suivre ! Je m’en remets donc à Erik. J’attends qu’il trouve mes mots, qu’il me donne ses mots.
Je n’attends pas longtemps.
Attention, ça arrive !

« [Jean d’Ormesson était] quelqu’un aux aguets. Et vous savez, dans aguet, il y a [gεete] aussi. Cette gaîté qui est une chevalerie […]« .

Je suis tombé de mon canapé !
Ai-je bien entendu ? Je pensais que dans aguets il n’y avait que guetter [gεte]. Il y aurait gaîté [gete] aussi ?
Je me relève pour courir ouvrir mon dictionnaire à la page « calembour ». Je lis : Jeu d’esprit fondé soit sur des mots pris à double sens, soit sur une équivoque de mots, de phrases ou de membres de phrases se prononçant de manière identique ou approchée mais dont le sens est différent.
Et un peu plus loin : Le calembour est la fiente de l’esprit qui vole (Hugo, les Misérables, t.1, 1862, p.171)

Du coup, quand Erik dit ensuite : « La merveille de l’écrivain […], c’est qu’il suffit d’ouvrir le livre et on l’entend« , je me dis « Mais oui, dans écrivain, il y a cri ! » Et ma femme de renchérir : « Il y a vain aussi ! ».
Ça fait réfléchir, non ? L’écrivain, les cris vains !
Ah ! Merci Erik de me hisser à ton niveau.
Et pardon Jean, pardon de souiller ton crayon.

— Voilà, la boucle est bouclée. La gaîté conduit l’esprit à rire de lui-même et le calembour le guette.
— Qui fait réfléchir quand même.
— Ça reste quand même un peu une connerie.
— Oui, mais ça fait réfléchir.
— N’empêche, c’est une connerie.
— Oui, bien sûr, mais…
— Ta g

 

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PS : A ceux qui ne sont pas fans de JT du 20 heures, Erik commence à s’enflammer à 2’40.

 

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