Invités du mois

 

Bonjour Xavier, merci d’avoir accepté l’invitation.
Bonjour L’Espricerie. Merci de m’avoir invité !

 

Je ne vais pas faire de rapprochement avec Benabar ou Vianney dont je trouve personnellement les chansons d’une nullité aboutie, mais force m’est de constater que la vie quotidienne est un thème dans beaucoup de tes chansons ; Eddie Mitchell a chanté lui aussi quelques situations. Est-ce que tu t’inscris dans cette chanson française ?
Oui, je pense m’inscrire dans la tradition d’auteurs comme Eddy Mitchell mais aussi Alain Souchon, Yves Simon. Artistes puisant leur inspiration dans le quotidien mais accordant une part belle à la musicalité, aux arrangements, autant qu’au texte lui-même. Le texte de « Foule sentimentale » de Souchon est pour moi un texte fort, qui évoque des choses douloureuses pour l’humanité mais dites sur un ton léger… et c’est ce que j’aime.
Je trouve aussi. Foule sentimentale devrait être un hymne.

La vie des gens

 

 

D’autres chansons parlent des humains qui vivent à des milliers de kilomètres, sous d’autres régimes, d’autres climats. Tu as beaucoup voyagé ou est-ce le produit d’une inspiration pure ?
J’ai très peu voyagé physiquement mais j’observe, je regarde, je me documente. Lorsqu’une histoire me touche, je peux la traduire à travers une chanson. C’est exactement ce qu’il s’est passé avec la chanson « Calcutta ». J’ai eu l’occasion de voir le film La cité de la joie de Roland Joffé. La vie de cet homme qui court comme un cheval m’a bouleversé. Les jours qui ont suivi, la chanson était là.

Calcutta

 

D’autres personnalités, aux vies singulières peuvent être chez moi source d’inspiration. Je pense à Rosa Parks qui dans les années 50 refusa de céder sa place dans un bus en Alabama comme les lois racistes l’y obligeaient. Dans mon dernier album j’ai cherché à rendre hommage à Camille Claudel. La chanson évoque à la fois son travail, sa passion amoureuse avec Rodin et bien sûr sa fin tragique à l’asile où elle termina son existence.

Les mains de Camille

 

 

Marelle

Bientôt 30 ans de carrière, non ? Est-ce une carrière ?
Trente ans, effectivement, que je me sers de la chanson pour exprimer ce que je ressens. Je ne sais pas si on peut parler de « carrière ». J’aime écrire, composer, arranger, enregistrer, créer des disques mais je ne fais pas que ça. J’enseigne en collège les arts plastiques, je peins également et j’expose. Ma formation au départ est l’école des Beaux-Arts de Paris où j’ai obtenu un double diplôme en peinture et vitrail. Enseigner ou peindre me plaît autant qu’écrire et chanter. De ces trois activités je n’en ai privilégié aucune et je ne le souhaite pas. Ces trois vies me passionnent. Je n’ai pas d’idée de chanson tous les matins. Quand je pose la guitare, je prends les pinceaux. Quand la peinture sèche, je rentre en classe et mon public change. J’adore ça. Je suis sans cesse en quête d’une idée, quelle qu’elle soit, d’un « truc » à créer. Différencier mes activités artistiques me permet d’en vivre confortablement sans le stress de l’inspiration manquante… et du cachet à obtenir.

 

Comment est-ce que cela a débuté, continué… ?
Concernant la musique ça a commencé par des colonies de vacances, rassemblement de jeunes où j’ai découvert le pouvoir fédérateur d’une guitare autour d’un feu de camp. Après avoir écumé (et/ou massacré) le répertoire de mes aînés j’ai très vite eu envie d’écrire mes propres chansons.
J’ai toujours été accompagné par mon jeune frère qui a vite trouvé sa place à mes côtés comme guitariste soliste. Le groupe s’est ensuite étoffé. Certaines personnes ont quitté le groupe pour des raisons personnelles mais mon frère ainsi que le bassiste sont toujours restés fidèles. Nous avons également travaillé au début avec une petite maison de disque mais, très rapidement, nous avons cherché à être autonomes artistiquement, monter nos propres studios.

 

l’oiseau rouge

Et combien d’albums aujourd’hui ?
J’ai à mon actif aujourd’hui 4 albums et quelques CD d’1, 2 ou 3 titres.

 

Tu as pas mal de succès sur des petites scènes, devant un public réduit. Tu as raflé quelques prix aussi. Est-ce qu’une plus grande audience, la notoriété peut-être te tente ?
J’aime me produire dans de « petits lieux » avec un public de proximité. Les médiathèques entre autres m’offrent cette opportunité. Leurs adhérents sont en quête de découvertes hors des sentiers battus. J’aime aussi de plus grands lieux tels que les scènes estivales où nous tournons chaque année avec mon équipe. N’ayant pas de diffusion médiatique majeure, il m’est difficile de remplir de très grands théâtres.

le miroir

Mais la grande notoriété ne m’attire pas. Je suis sensible à la reconnaissance de mon travail bien sûr, toujours heureux que des gens nombreux le découvre mais comme je l’expliquais mes autres activités me passionnent et ne seraient peut-être pas envisageables avec la gestion d’une trop grande notoriété, tournées toute l’année, médiatisation excessive, etc… Je tiens également à préserver ma vie de famille.

Concernant les récompenses j’ai eu effectivement plusieurs prix pour mes textes, musiques. Cela me fait évidemment très plaisir. C’est une reconnaissance de mon « talent » de même que lorsque je vends mes tableaux ou quand un élève me dit en fin de cours « c’était super ». C’est de l’essence dans le moteur, et ça me fait avancer, encore et toujours.

 

 

Donc tu continues sur cette lancée. Avec des projets ?
Aujourd’hui il me faut jongler avec mes trois passions. L’enseignement, qui occupe une partie de ma semaine, le démarchage pour les concerts qui prend lui aussi du temps, et les expositions de peintures. Je précise au passage que je travaille depuis 3 ans en étroite collaboration avec un écrivain poète, Emmanuel DELOGES qui affectionne une écriture et une poésie proche de l’haïku. Il me faut également consacrer du temps à la « production » peinture et à l’écriture de nouvelles chansons. Se greffe à cela les répétitions avec mes musiciens. Nous travaillons comme un groupe où chacun peut s’exprimer même s’il s’agit de « mes chansons » Les projets pour les mois à venir s’articulent donc autour de tout cela. Depuis la parution de « La vie des gens », dernier album en date, 4 ou 5 chansons ont vu le jour. Des expositions sont programmées et plusieurs concerts également. Arrivera ensuite dans quelques temps la phase d’enregistrement qui m’occupera une année puisque nous travaillons en totale autonomie artistique. Nous essayons par ailleurs de monter chaque été une tournée musicale de plusieurs dates dans une région de France. Nous serons donc ainsi, été 2018, en tournée dans le Lot.
Et avec Emmanuel DELOGES, nous présentons une exposition de tableaux intitulée « correspondance(s) » (*) qui allie ses textes et mes peintures réalisées à partir de matière, montages photos, dessins… Comme pour la musique j’aime ce travail « associatif » qui me stimule artistiquement.

 

Pour finir, je ne peux résister à mon plaisir de faire écouter ici à nos lecteurs une de tes premières chansons, « Western tranquille ». Tout en signalant que tu en as produit en 2012 une nouvelle version dans ton album « Et pourtant « . Mais celle-ci est à mon avis authentique, plus dans l’esprit « bivouac, feu de camp ».

Western tranquille

 

Poursuivez votre rencontre avec Xavier RENARD sur son site.

 

(*) Du 2 au 23 décembre, Médiathèque de Marolles-en-Hurepoix (91)

 

 

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