Les tempes appuyées aux vitres zébrées de pluie, des visages somnolent, les yeux mi-clos tournés vers les lueurs fugaces de la banlieue qui défile, irradiant par éclairs blancs ces peaux teintées de rêve et ternies de fatigue qui puisent  leurs racines dans la lumière dorée de l’Afrique, l’espace ouvert des déserts, ou les rues éclatantes des casbahs.

Ils sont venus là, dans leur humanité morcelée, se fondre aux ombres crues de l’éclairage au néon, dans l’espace confiné de ce train balloté de tangages, cerné de grincements : improbable mixage de cultures et d’histoires où le noir prédomine.

Et peu à peu avance, et peu à peu s’éclaircit la dominante brune ; prenant d’assaut les clichés et les dernières places, voilà Versailles qui s’engouffre, en costume cravaté, en tailleurs sages et chiffons ramassés, en manteaux bien coupés et brushings au carré.

Et toujours avance.

Avance, et puis s’arrête. De plus en plus souvent.

Repart et puis avance.

Et toujours s’engouffre la marée indistincte des banlieusards prospères. C’est Paris en approche, et l’Afrique se noie ; des rêves se secouent cependant qu’au dehors un filet de jour sale commence à peine à poindre. 

La Capitale, bientôt, les ingurgitera tous. Indifférente et vorace, elle en digèrera l’énergie sans distinction de classes.
Repue, les vomira ce soir … par ordre de couleur, des peaux les plus blanches aux teintes les plus sombres.

Et demain recommencer.

 

 

Écrit il y a quelques années dans un train de banlieue parisienne.
Il faisait froid ce jour-là.
C’était avant les masques et le télétravail pour les cols blancs.

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