Chapitre Huit

En visite à la Bourse

Aujourd’hui, nous suivrons le Patron dans sa visite à la Bourse.

Voyons s’il se montre suffisamment fin pour obtenir, sans éveiller de soupçon, des renseignements sur 2 individus dont il ne connaît que le prénom, Khaled et Youri. Et pour trouver plus que cela car il a maintenant conscience d’un contexte préoccupant sur Calista.

Afin d’endormir sa vigilance, précédons-le dans la porte à tambour qui régule l’accès de la Bourse ; puis d’un pas décidé, nous emprunterons un couloir avant de revenir mine de rien sur nos pas et commencer notre filature.

Lucien, tel est le nom du patron de Lesage, n’a pas encore arrêté de plan. Il sait juste qu’il lui faut trouver Jean-Claude, un collègue qu’il a croisé il y a 3 ou 4 cycles avant d’être promu à la direction de la section L. Jean-Claude lui, avait choisi la Bourse pour sa promotion. Même si la hiérarchie ici n’est pas configurée comme pour les sections, Jean-Claude doit avoir à l’heure actuelle un poste proche de la haute direction.

Devant le panneau des services, Lucien scrute les noms des responsables en fonction. Il semble bientôt avoir trouvé puisqu’il promène un regard circulaire sur le hall, qui est aussi circulaire, ça tombe bien. Comme il paraît petit, Lucien dans la démesure architecturale du lieu. De fait, les colonnes monumentales qui soutiennent la coupole de vitrail à plus de 20 mètres du sol, la marqueterie de marbre au sol (*) et les quatre coursives en étages qui desservent les bureaux sont destinées à rappeler d’entrée la souveraineté de la Bourse au visiteur. Le message est élégant et ferme.

Ne nous laissons pas impressionner. Ne perdons pas Lucien des yeux et suivons-le dans les couloirs, les escaliers, les passerelles, les coursives et les corridors. Il ralentit, hésite, s’arrête. Il repart à pas lents…

Un homme approche. Ils vont se rencontrer. Tendons une oreille discrète et indiscrète.

— Ah ça, mais… Lucien ?
— Jean-Claude !
— Quelle surprise ! Je n’ai eu aucun mal à te reconnaître, tu n’as pas changé !
— Toi non plus, toujours aussi blagueur. Bien sûr que j’ai changé. Et toi, tu te teins les cheveux en blanc maintenant !
— Une coquetterie que je peux me permettre à mon âge. Ça nous fait quoi… ?
— Je préfère ne pas compter. Ce que je compte c’est le nombre de cycles qu’on ne s’est pas vus. Combien ? Trois, quatre ?
— Pas loin de quatre en effet. Raconte-moi, qu’est-ce que tu fais ici ? Tu es convoqué ?
— Non, du tout. J’ai un projet assez flou pour l’instant et je pensais que je pourrais trouver à la Bourse de quoi alimenter ma réflexion.
— Tout ce qui se sait est à la Bourse.
— Oui, exactement, tout ce qui se sait. Je ne sais pas si je peux t’en parler. Ce n’est peut-être pas ton domaine et tu as sûrement à faire.
— Je fais faire, ça me laisse pas mal de temps libre.
— Eh bien voilà. Je suis à presque trois cycles de l’âge de l’Egide et je voudrais donner une autre direction à ma carrière. Changer d’ambiance, changer d’horizon, de rythme de vie. Enfin, tu vois…
— Je vois à peu près. Cette envie m’a traversé aussi parfois, il y a quelques années. Mais je n’ai pas trouvé les choses que tu cherches et qui me conviennent. Ma mission à la Bourse me donne à connaître les aspects de notre vie sociale et je préfère être observateur qu’explorateur.
— Pour moi, c’est justement la découverte de quelque chose d’autre qui m’attire. Pour être franc, je pensais même, éventuellement, rejoindre une colonie… Y trouver un poste à ma mesure… Mais je ne vois pas comment m’y prendre…
— Les postes à pourvoir sur les colonies sont rares et les bons postes plus rares encore. D’après mes informations, les activités y sont beaucoup moins développées que sur Geià.
— Je comprends. Mais peut-être que sur une colonie où tout n’a pas déjà été fait… Je dis ça, mais ça reste une éventualité…
— Une nouvelle colonie… C’est certain qu’il y aurait là des missions plus intéressantes. Mmh… Calista… Calista est la plus récente.
— Calista ?
— Oui, une petite colonie fondée sur un concept inédit. Une sorte de colonie pilote. On y a envoyé les volontaires qui n’avaient pas été sélectionnés pour d’autres destinations. Autant dire que la population est disparate. Et il doit y avoir là-bas des possibilités de missions, c’est sûr.
— Penses-tu que je pourrais avoir accès à un dossier sur Calista ? Me faire une idée de la population…, des missions pour lesquelles je pourrais postuler…
— Mmh… Oui, tant qu’il ne s’agit que de compulser, c’est envisageable. Mais je te préviens, nous n’avons pas encore fait le bilan de la situation là-bas. Si mon souvenir est exact, c’est prévu pour dans trois mois. Tu n’auras que des renseignements bruts.
— C’est parfait, c’est déjà beaucoup, tu sais. Où est-ce que…
— Allons dans mon bureau, je vais te connecter. Sois rapide et discret, je ne suis pas sûr que cette consultation soit vraiment licite.
— Je saurai faire vite et simple.

Voilà qui n’arrange pas nos affaires. Il faudra attendre que Lucien fasse son compte-rendu de retour à la section L.

Je trouve qu’il ne s’en est pas mal tiré.

(*) Reflets de vitrail sur marqueterie, ça pique un peu les yeux mais c’est voulu.

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