Stéatite 30 x10 cm Gibbon 2018

La nuit bien enroulée dans ton sourire tendre

Et le sommeil bien clos par ton silence chaud,

Je retourne au passé des souvenirs de cendre

Dans mon espoir cerné par la douleur des mots.

J’y rencontre parfois une foule d’oiseaux,

Emprisonnés, perchés, séchés au coeur des livres.

J’y rencontre souvent, le grand désir de vivre

Et notre soif d’aimer parallèle au printemps,

Quand les corps décalqués s’enroulent et se délivrent

En océan bercé par les ailes du temps.

J’y rencontre parfois giclés aux quatre vents

Les cris désespérés qui saignent des cratères.

J’y rencontre au hasard des cahots de misère

Des porteurs de paroles aux propos monocordes,

Des bourreaux repentants qui geignent des prières

À des pendus gouailleurs qui sautent à la corde.

Sous l’arbre de vos mains, le silence est musique,

Dansez donc sur la rue, plastique ou bien cristal

Assis sur le béton lancez une harmonique

Pour chanter les saisons en langue végétale…

J’y rencontre parfois, parmi la multitude,

Des lendemains morts-nés, des rêves révolus…

J’y vois des enfants nus, issus de solitude,

Perdus dans le désert, au bout de leur voyage,

Aveugles tâtonnant dans des voies sans issues,

Étouffés par les bras d’un futur sans visage…

J’y rencontre bientôt une dernière guerre

Juste un dernier soupir, un rien, un dernier cri…

Au pays du mensonge, les droits sont bien inscrits

En serments mal écrits qui se cognent aux pierres,

Roulés dans les greniers, oubliés dans la nuit

Par dessus les moulins, au fond de nos rivières.

Il nous faudrait des mots précieux, inaltérables,

Pour porter au soleil la colère ou l’amour,

Il nous faudrait des chants aux reflets implacables

Pour supporter la mort comme un “conte à rebours”…

Comme un tambour crevé, une trompette vide,

La terre est labourée et au diable l’histoire :

Échange éclat d’obus, inerte et dérisoire,

Contre éclat de soc dur, fourbu de terre humide…

La parole et les mots ne sont que des regards,

Pour mémoire, en grimoire je vous livre mes yeux,

Coloriez-les en bleu, lancez-les au hasard

pour sourire le soir en vos espaces creux.

Le front bien reposé sur sa poitrine ronde

Je cueille le matin à la lueur du raisin

Chaque nuit dans ses mains elle tient le bout du monde

L’idée naît du silence et les mots n’y font rien…

Gibbon

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