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C’est une histoire qui commence mal.

On pourrait même dire que ça pue.

 

De toute façon, depuis le départ, c’était mal parti pour Jean-François : quand on s’appelle Kirschenbaum, était-il vraiment judicieux de prénommer son enfant ainsi ?

Néanmoins,  par souci de commodité et sans pour autant présager de sa funeste destinée, nous appellerons notre triste héro par ses initiales, l’histoire ne se déroulant par ailleurs pas dans l’impitoyable univers de Dallas, mais dans une modeste ville moyenne de banlieue, terne et sans ambition.

Un peu à l’image de notre camarade, finalement.

 

JFK possédait néanmoins une réelle aptitude, qu’il avait innocemment développée jusqu’au talent : celle de se contenter de ce qu’il avait, et de percevoir avec une acuité naturelle et spontanée que dans la moindre brindille se cachait un miracle infini.

On pouvait affirmer sans se tromper que notre quidam était un homme heureux …

Un travail sans stress à deux pas de chez lui, un célibat choisi et aventureux, des collègues sympathiques avec lesquels il faisait de temps en temps une petite virée, une famille aimante et aimée, une vie sereine et sans illusions … le simple chant d’un oiseau mettait, à lui seul, un point d’orgue au bonheur simple et paisible de JFK.

 

Il avait ainsi pris pour habitude de faire chaque soir le tour du quartier pour se dégourdir les jambes après une journée passée devant l’écran de son ordinateur  (puisque de gratte-papier méticuleux il était devenu, progrès aidant, tape-clavier consciencieux).

C’était souvent le même tour : parc municipal, boulangerie, bureau de tabac, parc municipal. Les jours où il faisait beau, il s’arrêtait pour rêvasser sur son banc de prédilection, à l’ombre d’un vieux chêne qu’il avait fini par prendre en affection, un peu en retrait de l’allée et des jeux pour enfants.

 

Les gens heureux n’ont pas d’histoire, c’est bien connu.

 

La vie de JFK se déroulait donc sans accroc dans un cocon ouaté soigneusement entretenu, quand un matin, alors qu’il sirotait le café indispensable à son réveil,  il eut la fugace conviction qu’il n’était pas seul dans son appartement.

Ce fût une certitude absolue, aussi vive que volatile, aussi improbable qu’absurde, une fulgurante et terrifiante évidence, dont il s’ébroua néanmoins rapidement pour ne pas être en retard au travail.

A SUIVRE …

 

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