Précédemment : épisode 3
Si vous avez carrément manqué le début, c’est ici : épisode 1

A vivre sans soleil, il se voyait s’étioler, se ternir, et sa vie toute entière perdre sa saveur :
il n’était plus que l’ombre de lui-même …

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Et d’ailleurs, c’est ce qui se passa : il s’étiola, se ternit, et sa vie toute entière perdit sa délicieuse saveur …

 

Pourtant, il lutta.
Avec toute l’énergie dont il était capable pour se tailler une part de bonheur dans cette absurdité, il concentra sous ses efforts à rechercher coûte que coûte les rayons salvateurs du soleil.

Il avait ainsi repéré tous les ruses pouvant lui donner accès aux UV et la vitamine D sans quitter son appartement : de 7h15 à 7h25 (+1 minute par jour) dans le recoin de la salle de bain, sous le velux, de 8h12 à 8h32 (+1 minute par jour) face à la fenêtre de la cuisine, et de 18h05 à 18h34 dans son salon. Après, le soleil passait au-dessus de l’immeuble d’en face, et c’était foutu.

 

Tout au bonheur d’avoir trouvé une résistance active contre son infortune, il n’avait de cesse de contempler dans le miroir les effets de ses expositions assidues. Mais chaque jour, il voyait son visage se flétrir, se faner, se déliter.

JFK dépérissait à vue d’œil comme si, privé de soleil, il s’effaçait peu à peu.

 

Il arriva donc un moment où il se découragea tout à fait. Ça devait bien arriver …

A FC, son cousin médecin, il demanda (par téléphone évidemment) un arrêt de travail pour dépression, et se calfeutra, roulé en boule du lit au canapé, du canapé au lit, se laissant aller à une surconsommation compulsive de chocolat, de bières, de cacahuètes ou de raviolis en boîtes, bref, de tout ce qu’il avait sous la main.

De jour comme de nuit, il se bâfrait sans faim, sale et avachi devant des programmes télé aussi désespérants qu’abêtissants,  et dans l’absolu dégoût de lui-même, … et de « son » odeur. Tant et si bien qu’au bout de 8 jours, il fût dans l’obligation d’aller quand même prendre une douche. Juste pour chasser « autre » qui lui était devenu intolérable.

 

On ne dira jamais assez les vertus de l’eau qui ruisselle sur un corps fatigué de lui-même. Surtout quand elle est à la température idéale.

Plus il chassait l’odeur déplaisante de « l’autre » et plus JFK se « sentait mieux » et renaissait, plus il se lavait le corps et plus sa tête se libérait : qu’avait-il donc, lui, l’homme heureux, à se laisser dicter sa vie par une ombre inconséquente, fût-elle la sienne ? Qu’avait-il donc à abdiquer aussi facilement devant sa propre existence ?

Ah mais non !! Il avait envie de voir des gens, de sortir, de contempler à nouveau les oiseaux dans les arbres, de sentir le vent sur sa peau… Il avait juste envie de son existence d’avant, et il subodorrait déjà qu’après cet abandon passager elle n’en serait que meilleure, que plus succulente, que plus miraculeuse.

Car la vie est bien un miracle, n’est-ce pas ? Cette mécanique formidable qui nous est donnée à la naissance, ces jambes qui marchent, ces mains qui touchent, ces yeux qui voient …

 

Non, on ne dira jamais assez les bienfaits d’une douche …

 

C’est donc tout ragaillardi que notre ami sortit dans la vapeur chaude de la salle de bain et empoigna son rasoir d’une main ferme et décidée.

La buée s’étant déposée sur le miroir, JF prit un bout de sa serviette pour l’en chasser.

Il faisait chaud, dans cette pièce exiguë, très chaud. Pourtant il ressentit une onde glaciale remonter le long de son échine pendant qu’il voyait à travers lui se refléter les étagères de la salle de bain.

A travers lui.

A tra-vers ….

 

Son reflet avait disparu.
Indéniablement, JFK ne pouvait plus se voir ….

 

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