En rayons

Il y a quelque temps, on m’a mis au défi de montrer des vieux machins qui traînent dans mes archives. Alors pour cette fois, c’est d’accord, profitez-en bien, ricanez un bon coup, parce que ça ne se reproduira pas de sitôt.

Les abominations du Castor, chapitre euh, je sais plus, mais de toute façon, c’est un hors-série.

LA PRÉHISTOIRE :

Quand j’étais gamin, je dessinais très mal, mais j’adorais ça. Mon grand plaisir, c’était de confectionner des petites bandes dessinées pour amuser mes potes à l’école. Je faisais la découpe et la mise en pages chez moi, et je les terminais en classe, en faisant semblant de travailler dur pendant les cours qui ne m’intéressaient pas. Comme je n’étais pas un mauvais élève, l’institutrice ne se méfiait pas. J’avais une technique extra pour ajouter des éléments réalistes dans mes pages : le transfert à partir de revues. J’utilisais pour ça le dissolvant gras à base d’acétone que ma mère utilisait pour enlever son vernis à ongles. Ça répandait dans tout l’appartement une odeur épouvantable (que j’adorais) et manquait d’envoyer ad patres les membres de ma famille qui avaient la témérité de rester pendant la manœuvre. Pendant une heure ou deux, tout le monde – mes vieux et mes deux sœurs – toussait, éructait et pestait en vouant le maudit bricoleur aux gémonies. Curieusement, ma mère ne m’a jamais interdit de lui piquer le précieux produit dont je faisais pourtant une grande consommation.

J’avais une dizaine d’années, hein. Le premier que j’entends rigoler est prié de sortir. La première aussi, d’ailleurs.
… et j’étais très fleur bleue. (là on voit pas la couleur des fleurs).

TRAINING :

  A l’époque où j’ai commis ce nu d’anatomie, j’étais encore une bleusaille, et pour me faire la main, je cherchais désespérément des photos de modèles (il n’y avait pas encore d’internet) autres que celles des grands livres spécialisés qui coûtaient la peau du cul, et dans lesquels les poses étaient confites, stylisées ou carrément à la limite du loufoque. Je voulais des postures de la vie de tous les jours, naturelles et décontractées. Je dessinais exclusivement des femmes, mais pour cette fois, j’avais besoin d’une figure masculine, notamment pour faire taire les ricanements sarcastiques des vils de mon entourage. Or, les castings de bellâtres étaient exclus, pour les raisons que j’ai déjà évoquées quelque part dans mon ancien blog. En réalité, pour éviter de me griller auprès de la jolie brune du coin de la rue.

   J’ai donc eu une idée qui en vaut une autre, et je suis allé à la maison de la presse pour chercher des revues de naturisme. Et  là, je suis tombé sur ce que je voulais, direct. Quand je dis tombé, ce n’est pas le terme exact, il a plutôt fallu que je saute pour attraper ce magazine. Les libraires français sont persuadés que cette lecture pour pervers se range avec les revues de boule, à un emplacement pratiquement inexpugnable, et ça doit les amuser de voir des excités dans mon genre se tortiller pour attraper l’objet de leurs convoitises.

   C’était l’édition mensuelle française d’une publication anglo-allemande (les Allemands, on leur doit ça, n’ont pas ce genre de préjugés idiots), d’une soixantaine de pages avec un texte minimal, et pleiiin de grandes photos noir et blanc-z-et-couleur, de gens de tous âges s’ébattant au bord de lacs, jouant, courant, mangeant et roupillant, vus de face, de profil, de dos, etc. L’idéal pour mon training, quoi.

   L’argument marketing de la revue était simple : grand nu en couleurs de face sur la une de couv, et le même, vu de derrière sur la quatrième, à la grande joie de ma libraire, quand j’allais payer. Inutile de dire que cet ovni a disparu des bacs quelques mois plus tard, juste le temps que la censure parvienne à courber suffisamment le balai coincé dans son fondement pour se pencher sur ce cas.

Voilà donc le dessin sans prétention d’un jeune bellâtre, dont j’espère que la technique, encore rudimentaire à l’époque, vous plaira.

Pour le dessin suivant, j’avais piqué une catiche dans le coffre à jouets de ma fille. Pour étudier le processus de la marche sans sortir dans la rue, c’était l’idéal. Je n’ai d’ailleurs jamais su d’où elle la sortait, ma gamine n’a jamais joué à la poupée.

Reproduction d’un dessin de Gérald Forton sur la bâche d’une carriole, pour un club d’équitation et d’attelage.

LA PUB :

Des industriels étant intéressés par mon boulot, j’ai travaillé quelques années pour la publicité, à contrecœur. Du dessin exigeant, affublé de textes ineptes pour des produits moralement peu défendables, mais bien payé. Un soir, un ponte d’une autre boîte me demande une grande illustration d’un terrain de football, avec des dizaines de personnages (gradins et pelouse) dans des situations diverses, du mouvement, des couleurs, et plein d’et cætera. Je lui demande pour quand il la veut, et il me sort : « pour demain matin ». C’en était trop. J’ai refusé, et décidé de passer à autre chose. Cet épisode a sonné le glas de ma contribution à la pub.

Croquis rapides pour des études de décors et de caractères :

Voilààà ! C’est tout pour aujourd’hui. Pour demain aussi d’ailleurs, parce que c’était un one shot. Il est hors de question que je déballe TOUT mon musée des horreurs, bande de fripons !

La bise, mes amies. Et mes amis aussi, tiens, ça me changera.

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