Ah … si au moins il n’avait pas plu …

 

Pourtant, ça commençait plutôt bien, cette histoire.

Après 3 ans de réitération de la demande, mon employeur m’avait enfin accordé cette semaine de formation dans un centre spécialisé dans mon cœur de métier, et situé (rien n’est jamais parfait) à la Grande Motte.

Certes, nous étions en novembre.

Mais au moins pouvais-je faire taire les potentielles vipères qui ne pourraient ainsi plus insinuer que je me faisais payer une semaine de vacances.

Il faisait néanmoins un temps superbe ce dimanche-là quand j’arrivais sur Paris avec mon petit sac de fringues sur l’épaule et à la main mon ordinateur portable personnel (on n’en avait pas au boulot à l’époque), truffé de données professionnelles que ma hiérarchie comptait finalement optimiser par la même occasion.

Je traversai donc le Pont d’Austerlitz, direction Gare de Lyon, sous un soleil radieux et le cœur léger.

 

On a beau dire, et entre nous soit dit : j’allais quand même à la mer ….

 

 

J’avais bien révisé le trajet inscrit sur ma convocation, et je savais qu’à Montpellier je devrai prendre un tram qui me conduirait à la gare routière. Par prudence, j’avais choisi un train me laissant quasiment 2 heures de battement avant le dernier bus pour la Grande Motte. Tranquille ….

Je me voyais déjà sirotant un bon café en terrasse, au soleil, découvrant cette ville prometteuse que je ne connaissais pas, et attendant avec sérénité l’arrivée du bus.

Mais ça, c’était avant d’avoir dépassé Lyon.

Parce qu’après, je ne sais pas –et je n’ai jamais su- ce qui s’est passé : le « TGV » avançait tellement lentement qu’on aurait pu compter les oreilles des lapins dans les fossés …

Parallèlement, plus on se traînait vers le sud, et plus le ciel se couvrait.

 

Bref, nous sommes arrivés à Montpellier avec 1h et demi de retard …. Et sous des trombes d’eau.

 

De cette ville, je ne vis d’ailleurs rien qu’un rideau de pluie.

Bien que l’heure déjà tardive ne me laisse que peu d’espoir, je m’engouffrai néanmoins dans le tram et fus déposée dans un lieu excentré de l’antique cité, qui ressemblait à un hyper-centre de loisirs (cinémas, cafés, bowling peut-être) illuminant la nuit de lumières clinquantes et aguicheuses que le déluge amplifiait d’éclats et de reflets. Éblouissant, certes, mais désespérément vide …

Il s’y trouvait en effet des arrêts de bus, et je repérai le mien : destination La Grande-Motte. C’était marqué dessus.

 

Arrêtons-nous un instant sur une spécificité locale : à Montpellier, les abris-bus sont percés. Si, si … Ils présentent des petits trous inexplicables sur la partie bombée supérieure qui est censée vous abriter. Sans doute ces gens-là ont-ils plus l’habitude de se protéger des ardeurs du soleil …

Mais moi, pour l’heure, avec mon sac sur l’épaule, je suis dégoulinante. Et je crains pour mon ordinateur : je n’ai pas souvenir d’avoir opté pour la version amphibie ….

 

Un coup d’œil jeté par acquis de conscience aux horaires affichés me confirma que nul espoir n’était plus permis : plus de bus avant le lendemain matin.

Deux numéros de taxis étaient affichés : les deux m’envoyèrent bouler avec ce bel accent du sud, si chantant et si « sympathique » : « la GraAan’de Môt’tte ? maing’tenangt ? avèque ce temg’ps ? … ». Dans mon imagination -et mon inculture-, Montpellier et la Grande Motte était limitrophes. Je commençais à me dire qu’en fait, peut-être pas ….

 

Vous est-il déjà arrivé de vous dire « mais qu’est-ce que je fous là ? ».

Oui, bien sûr … ça arrive forcément à tout le monde un jour ou l’autre.

Vous vous souvenez, alors, de ce vertige, de cette envie brutale de faire volte-face, de ce désir impossible de remonter le temps, de ce sentiment d’urgence ? Et de cette angoisse enfantine qui vous prend aux tripes et joue avec votre estomac ?

Je n’avais plus un seul cheveu de sec, mes clopes étaient trempées, j’avais faim et je voulais retourner chez moi.

Maintenant.

Tout de suite.

C’est alors qu’il arriva …

 

A suivre (clic) … !

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