AVANT PROPOS

C’est à Boris Vian, dans « L’Automne à Pékin », que nous devons de connaitre Athanagore P., l’archéologue qui découvrit  en Exopotamie, le fameux site de Tell Ouen’Tell .

Au cours des fouilles il mit à jour des amphores contenant des parchemins parfaitement conservés qui pourraient dater du 9ième siècle de notre ère.

Les fragments de texte dont il entreprend alors la traduction apportent un éclairage nouveau sur les contes des Mille et Une nuits. L’ensemble qu’il nous livre comprend en effet une variante du Prologue et un récit des Voyages d’El Zeimer le Marin qui présente bien des similitudes avec Sindbad le Marin.

Certains critiques ont émis l’hypothèse qu’il s’agirait d’une version apocryphe et peu fidèle à l’original. Ils s’appuient pour cela sur le fait que les noms propres sont différents de ceux que nous connaissons, mais surtout sur les nombreux anachronismes qu’ils croient pouvoir relever dans le récit.

Pour notre part, nous  pensons au contraire qu’il pourrait s’agir d’une version archaïque de ces contes que nous connaissons à peine depuis 3 siècles, ce qui est peu, et dont les deux traductions les plus connues, Galand (début 18ième siècle) et Mardrus (fin 19 ième ), présentent déjà elles-mêmes des différences notoires. Comment  s’étonner alors que l’Orient, de tradition orale séculaire,  nous livre des récits comportant de nombreuses variantes, parfois très importantes, selon leur origine géographique et leur parcours dans le temps ?

Voici donc le Prologue et le récit des Voyages d’El Zeimer le Marin.

… Aux Marches du vaste Empire Abbasside, régnait sur la Transoxiane, Barb’Azur, Sultan de Samarcande.

  C’était un despote égoïste, cruel  et à ce point ombrageux  envers ses proches   qu’il prétendait ne vouloir en aucun cas d’héritiers,  n’y voyant que rivaux potentiels dont l’unique aspiration serait d’œuvrer à sa perte.

Il prenait prétexte de ces craintes pour changer d’épouse chaque jour, faisant décapiter au petit matin celle qu’il avait épousée la veille au soir. Mais nul n’était dupe de son manège, et le bruit courait qu’il était impuissant et s’imaginait préserver son honneur  par ce macabre subterfuge.

Cependant la terreur, la douleur et les pleurs s’étaient ainsi  répandues sur tout le Royaume qui  dépérissait et se voyait peu à peu dépeuplé de toutes ses jeunes filles nubiles. Chacun, père, mère et enfants, redoutait le jour où les gardes du Palais viendraient  au petit matin frapper à sa porte .   

L’Emir Yabba Aziz voyait ainsi avec angoisse grandir Sheer Aziza sa fille unique qu’il chérissait comme la prunelle de ses yeux tant elle était parée de toutes les beautés que la nature a réservées aux femmes et qu’elle portait avec grâce sur un visage éclairé par son doux regard de gazelle
Aussi, afin de tenter de la soustraire aux appétits de ce despote sanguinaire, s’était-il retiré dans son ksar au fond d’une province reculée, dans les montagnes aux contreforts de l’Extrêmistan.
Après 7 années de cette tyrannie il advint que dans le Royaume on ne trouva plus une jeune fille en âge d’être mariée. Le Sultan Barb’Azul entra alors dans une rage folle et envoya ses sicaires fouiller de fond en combles, une à une, chaque demeure sur toute l’étendue de son vaste territoire, depuis les palais des plus grands Princes jusqu’aux gourbis des plus humbles fellah.
Vint, Hélas le jour maudit où les sbires du Sultan se présentèrent au pied des murailles du ksar de l’Emir Yabba Aziz. Sous la menace de terribles représailles ils firent ouvrir les portes.
Alors dans un geste de désespoir, le père déchira sa tunique et prit sa fille dans ses bras. Mais il ne put lui dire une parole tant il pleurait, gémissait et se répandait en cris de douleur et lamentations, maudissant le jour qui l’avait vu naître.
En dépit de son jeune âge Sheer Aziza était une jeune fille de cœur, pétrie de Culture et de Sagesse.
Aussi , prenant la parole elle parla et dit :

L’Emir conduisit alors lui-même sa chère Aziza jusqu’au palais du Sultan, la livrant ainsi à son Destin.
Barb’Azur la reçut en ses appartements. Mais ne trouvant avec elle qu’embarras et confusion, son visage s’assombrit et il s’enfonça sous sa couverture l’esprit submergé par de terribles pensées.

Alors à nouveau, Sheer Aziza prit la parole  …

PREMIERE NUIT

La suite, c’est ici

error: Contenu protégé