– Ainsi donc, chère Cachou, vous êtes publiée pour la première fois, et c’est le succès … ! un incroyable succès, même !! comment expliquez-vous cet engouement du public et de la critique ?

– Écoutez, je suis bien étonnée de ce qui m’arrive …. Je ne saurais encore moins l’expliquer …

– Vous aviez initialement publié à compte d’auteur, c’est bien cela ?

– Oui, j’avais fait éditer ce témoignage pour mes enfants et quelques amis : c’est l’un d’eux qui en a envoyé un exemplaire chez Flasset … Et voilà …

– Alors venons-en à votre aventure, c’est extraordinaire ! Racontez-nous … Donc, vous montez dans ce petit avion de tourisme, et là, en plein vol, le pilote a un malaise ; c’est bien cela ?

– Oui, en effet, j’ai eu une chance incroyable que l’avion vienne ainsi rebondir sur ce sommet neigeux, et qu’il perde sa vitesse dans l’épaisseur de poudreuse …

– Vous avez dû avoir très peur !

– Non, même pas ! Sur l’instant, je n’ai pensé qu’au pilote. D’ailleurs, à peine l’atterrissage terminé, c’est vers lui que mes soins se sont portés. Mais l’arrêt cardiaque n’était pas récupérable avec mes pauvres moyens … Malheureusement.

– Et c’est là que pour vous l’aventure de survie a commencé …

– Oui, j’ai d’abord pensé qu’il était judicieux de ne pas m’éloigner de l’épave, mais l’odeur de kérosène m’a fait réaliser que l’avion risquait d’exploser …

– Et vous avez malgré cela décidé de tirer le corps du pilote hors de l’habitacle ?

– En fait, j’ai pensé à sa famille, j’ai voulu le préserver en l’enfouissant dans un linceul de neige et …

– Comme cela est bien dit, chère Cachou …

– Non…, oui…, je ne sais pas, enfin, voilà … je pensais que ce serait plus digne, en attendant d’éventuels secours, et puis il y avait toujours cette odeur de kérosène et …

– Et effectivement, à peine aviez-vous terminé votre lugubre ouvrage, que l’avion s’est embrasé …

– Ce fut l’instant le plus désespérant. Je n’avais pas eu le temps de dégager suffisamment de matériel pour m’installer un vrai campement…

– Et donc, c’est là que nous arrivons aux instants les plus poignants de votre livre. Vous racontez les doutes, les angoisses, les luttes …

– Oui, mais c’était surtout le froid … Ce froid qui m’enveloppait et m’obsédait. Il me fallait combattre absolument ce froid. Je voulais bien mourir là, mais je ne voulais plus avoir froid !

– Vous racontez effectivement tout cela fort bien, j’ai frissonné en vous lisant, c’est dire … Donc, vous décidez d’installer un campement, vous récupérez des branchages, et vous construisez une sorte de muret de neige pour vous abriter du vent…

– Je suis aussi retournée à l’avion carbonisé et j’ai récupéré des morceaux de la carcasse pour compléter mon abri, il fallait que je m’active, que je fasse quelque chose, et je voulais en particulier m’isoler de la neige au sol …

– Et là vous écrivez, je vous cite : « Je m’allonge enfin dans ce havre de pureté blanche, je m’allonge et j’entends autour de moi la nuit de la montagne qui vibre de tous les bruits ténus de sa majestueuse présence ; je fais corps avec elle ; je me sens apaisée. J’attends. » Comment pouviez-vous être apaisée en un pareil moment ?

– Je l’étais vraiment ! Je m’étais enroulée dans une couverture de survie heureusement prise dans l’avion avant son embrasement, et l’épuisement aidant, je me sentais envahie d’une sorte de torpeur. Je n’avais plus qu’à me laisser porter, sans bouger. Mais sans aucune peur, aucun regret.

– Et c’est alors que l’improbable arrive, l’improbable qui va vous sauver d’ailleurs …

– Oui, en effet … C’est absolument fantastique, ce qui m’est arrivé !

– Rappelons à nos téléspectateurs que vous étiez dans les Pyrénées …

– Oui, c’est exact. Quand l’ours est venu vers moi, j’en ai été émerveillée. Je savais qu’il aurait pu me tuer d’un coup de patte, mais c’est l’émerveillement qui a prévalu … Puis j’ai senti son souffle chaud sur moi : enfin de la chaleur ! Il a tourné 2 fois sur lui-même et il s’est couché contre le mur de neige que j’avais construit, puis il s’est étiré et il a posé sa lourde patte sur mon corps recroquevillé. Pour moi, c’était comme un signal. Je me suis glissée vers lui, et me suis lourdement endormie contre son flanc, dans sa chaleur animale et vivante, et au matin, j’étais toujours en vie ! L’ours est parti quelques temps après mon réveil, puis il est revenu, et à nouveau je me suis lovée contre lui …

– Et c’est dans cette posture que l’équipe de secours vous a vue depuis l’hélicoptère ! vous imaginez la frayeur de ces hommes ? Ils vous ont cru morte !

– Oui, c’est ce qu’ils m’ont dit après ! Mais moi quand j’ai entendu l’hélico, j’ai tout de suite eu peur pour l’ours … Il était toujours là …

Maman ?

… me dispensant généreusement sa chaleur ; il ne pouvait pas savoir que son attitude pouvait mettre sa vie en danger … C’est bien pour ça que j’ai …

MAMAN !

– C’est votre fils, chère Cachou ?

– Euh, oui ….

– Bon, reprenons. Donc, vous avez …

MAMAAAAAN !!!!!

– Ecoutez jeune homme, nous sommes en direct, peut-être pourriez-vous parler à votre mère un peu plus tard … ?

– Je suis vraiment confuse, Monsieur Pivot, je ne comprends pas …

MAMAN, ETEINS CETTE TÉLÉ ET VA TE COUCHER ….

Sschh plop’  ∴¤∴
Fin d’un rêve ….

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